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Les Frelons et les mouches à miel
A l’œuvre on connaît
l'Artisan.
Quelques rayons de miel sans
maître se trouvèrent :
Des Frelons les réclamèrent ;
Des Abeilles s'opposant,
Devant certaine Guêpe on
traduisit la cause.
Il était malaisé de décider la
chose.
Les témoins déposaient
qu'autour de ces rayons
Des animaux ailés,
bourdonnants, un peu longs,
De couleur fort tannée, et
tels que les Abeilles,
Avaient longtemps paru. Mais
quoi ! dans les Frelons
Ces enseignes étaient
pareilles.
La Guêpe, ne sachant que dire
à ces raisons,
Fit enquête nouvelle, et pour
plus de lumière
Entendit une fourmilière.
Le point n'en put être
éclairci.
"De grâce, à quoi bon tout
ceci ?
Dit une Abeille fort prudente,
Depuis tantôt six mois que la
cause est pendante,
Nous voici comme aux premiers
jours.
Pendant cela le miel se gâte.
Il est temps désormais que le
juge se hâte :
N'a-t-il point assez léché
l'Ours ?
Sans tant de contredits, et
d'interlocutoires,
Et de fatras, et de grimoires,
Travaillons, les Frelons et
nous :
On verra qui sait faire, avec
un suc si doux,
Des cellules si bien bâties. "
Le refus des Frelons fit voir
Que cet art passait leur
savoir ;
Et la Guêpe adjugea le miel à
leurs parties.
Plût à Dieu qu'on réglât ainsi
tous les procès !
Que des Turcs en cela l'on
suivît la méthode !
Le simple sens commun nous
tiendrait lieu de Code ;
Il ne faudrait point tant de
frais ;
Au lieu qu'on nous mange, on
nous gruge,
On nous mine par des longueurs
;
On fait tant, à la fin, que
l'huître est pour le juge,
Les écailles pour les
plaideurs.
Jean de La Fontaine (1621-1695)