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Cette page a été mise à jour le  26-03-2011

 

 

Retour au synoptique sur l'histoire de Bazoches les Hautes

Note sur une tête de Vénus trouvée à Bazoches-les-Hautes par l'Abbé Desnoyers en 1875 ou comment on retrouve la Reine de ce monde dans une petite localité d'une plaine de la Beauce.

Extrait de : "Mémoires de la Société d'Agriculture, Sciences, Belles Lettres et Art d'Orléans"

 

A noter que la base du fonds local de conservation des Bibliothèques d'Orléans est le "fonds Desnoyers" constitué et donné par l'abbé Edmond Desnoyers (1806-1902) en 1868.


Lisons l'intervention de l'Abbé Desnoyers devant l'assemblée la Société d'Agriculture, Sciences, Belles Lettres et Art d'Orléans:

    Je fais passer sous les yeux de la Société une petite tête de femme, en marbre, le cou légèrement penché à gauche, portant une abondante chevelure dont les tresses partant des tempes, vont se réunir à celles du derrière de la tête pour former sur le sommet une touffe épaisse. Elle porte 13 cent, de hauteur et 8 cent. 4 mil. de largeur. Le nez a été endommagé par le coup de pioche du paysan qui l'a fait sortir de terre.

    Elle a été trouvée en 1875, à Bazoches-les-Hautes, qui faisait partie de l'ancien diocèse d'Orléans, avec une clé en bronze, un peson de fuseau en fer, un graphium, un sommet de casque, un ornement de harnachement de cheval, une extrémité de fourreau d'épée.

    Cette tête précieuse par sa matière et remarquable par son dessin et son élégance a dû certainement appartenir à une divinité, mais à quelle déesse ?

    J'ai tout lieu de penser que c'est Vénus, non pas celle qui provoquait la grossièreté des passions, mais celle qui chez les esprits élevés figurait la grâce de l'harmonie. L'artiste qui a sculpté notre tête faisait partie de ces nobles idéalistes qui asservissaient la matière à l'intelligence et

que l'on trouve dans l'école grecque. Il est facile de voir dans cette sculpture la grâce et la modestie, le charme et la retenue, la beauté et la candeur.

    Frappé par la perfection de ce travail, j'ai voulu l'étudier avant de lui assigner la destination dont je viens de parler et voici comment je suis parvenu à la connaître, au moins je le pense.

    C'est dans le Musée Clarac que j'ai porté mes études : là comme vous le savez, Messieurs, sont dessinées les plus belles statues que nous ont léguées les siècles grecs et romains et j'ai pu constater que le .plus grand nombre des statues de Vénus est coiffé comme notre tête. Je cite les planches 1,105,-591, n° 1,285, — pi. 593, nos 1,288, 1,449, —pi. 594, n° 1,425, —pi.599, n° 1,313, —pi. 600,

n°s 1,321, 1,324, —pi. 602, n° 1,332, —pi. 605, n° 1,343,

    Je cite ces planches, Messieurs, mais je pourrais en citer un plus grand nombre, car sur les 196 statues de Vénus reproduites dans le Musée, les deux tiers portent la même coiffure que la tête de Bazoches. L'affectation à Vénus, de ce genre de coiffure, est d'autant plus remarquable qu'il ne se voit pas sur la tête des autres divinités. Les déesses Junon, Diane, Minerve ne sont pas ainsi coiffées, Cérès ne l'est qu'une seule fois et toutes n'ont pas le caractère de la figure de notre tête: leur expression est majestueuse ou sévère, mais n'expriment pas la grâce. Hygie, Flore, Pomone, l'Abondance, les Canéphores, Polymnie n'ont pas cette coiffure ; parmi les neuf muses, Thalie et Calliope ne sont ainsi coiffées qu'une seule fois, et leur visage n'a que de la gravité : j'observerai que ces déesses et demi déesses sont représentées en grand nombre dans le Musée Clarac, la comparaison m'a donc été facile.

    Mais l'objet dont je vous parle, Messieurs, n'est pas seulement remarquable par son travail et son attribution, il me paraît révéler une autre destination, connue déjà sans doute par les antiquaires, mais dont les monuments sont fort rares. Vous savez, Messieurs, que quelquefois les corps des statues et leurs têtes n'étaient pas sculptés ensemble, et qu'on élevait sur le même corps des têtes différentes, suivant le besoin des circonstances : je suis porté à croire que la tête de Bazoches n'appartient pas à un corps fait pour elle. Vous pouvez observer qu'une longue forure traverse le cou, cette forure est évidemment intentionnelle et date de l'époque de la sculpture : un goujon devait être fixé à la naissance de la poitrine de la statue et s'engager dans le percement. On épargnait ainsi

les frais de sculpture quand on voulait offrir à l'adoration les différentes divinités du ciel païen, le corps restait le même, on changeait seulement la tête, c'était tout,à la fois un hommage religieux et une économie d'argent.

    Je sais qu'on peut dire que la tête de cette Vénus ayant été séparée de son corps par un brisement, on l'y a rattachée par une forure et un goujon. Mais ne peut-on pas répondre que si la tête avait fait partie d'un même corps, on les eût trouvés l'un auprès de l'autre, et la tête seule a été rencontrée; il est difficile de supposer que le corps a été seul emporté sans la tête, c'est elle qui donnait de l'importance à la statue et si on voulait emporter quelque chose, c'est la tête qui aurait dû disparaître.

    Je pense donc, sans le présenter comme chose certaine, que cette tête servait à compléter plusieurs statues.

    Nous trouvons effectivement dans l'histoire des Révolutions romaines cette habitude de planter sur un buste d'empereur demeurant toujours le même, la tête de ses successeurs. Lorsque la tyrannie militaire, le caprice ou la vengeance dû peuple étaient la vie aux empereurs, les historiens nous racontent les outrages qu'on adressait à leurs statues, mais souvent on se contentait d'abattre la tête pour y substituer celle de son successeur. Saint Jérôme (1) parle de cet usage comme étant ordinaire :

« Cum tyrannus detruncalur, écrit-il, imagines quoque

« ejus deponuntur et statuas et vullu tantummodô

« commulato, ablaloque capite ejus, faciès qui viceral,

« superponitur (Hyer., in proph. Habac, cap. III. •»)

    Le Musée du Capitole à Rome conserve le témoignage de cet usage de la décapitation et de la substitution ; dans la salle dite des Empereurs contenant la collection incomparable des portraits en marbre appartenant aux Empereurs ou à leurs familles, on voit, et je l'ai vu moi-même, plusieurs têtes tenant au buste par un goujon et témoignant ainsi que le travail primitif de l'artiste avait été détruit et qu'on avait remplacé la première sculpture. .

    Il est assez intéressant, Messieurs, de constater que dans une plaine de la Beauce, dans une petite localité, on a trouvé le même usage dont parlent les grands Musées de Rome, la reine de ce monde.

 

(1) De l'usage des statues chez les anciens, par De Guasco

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